Se glisser dans la moiteur de Phnom Penh

Se glisser dans la moiteur de Phnom Penh

Depuis mardi, nous revoilà à Phnom Penh. Fanny, François et moi sommes ici pour trois semaines. L’objectif de ce voyage est de poser les bases d’un nouveau projet partagé avec nos amis de la compagnie Kok Thlok, et imaginé par François. Alors, à nouveau, nous nous glissons dans la moiteur de Phnom Penh.

Dimanche dernier, deux jours avant le départ, nous nous sommes « préparés ». Nous avons passé huit heures au Théâtre du Soleil afin d’assister à la représentation de L’Histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, Roi du Cambodge, d’Hélène Cixous. Ce spectacle, créé en 1985 par le Théâtre du Soleil, raconte 25 ans d’histoire du Cambodge, de l’indépendance à la chute de khmers rouges, sous la forme d’une vaste épopée shakespearienne. L’équipe du Soleil a toujours voulu que ce spectacle puisse renaître en langue khmère, joué par des artistes cambodgiens. Une manière de « rendre » son histoire au Cambodge. Ils y sont parvenus, 25 ans plus tard, en travaillant avec la troupe de Phare Ponleu Selpak de Battambang. Ce sont donc 29 jeunes acteurs et musiciens khmers qui ont re-créé le spectacle, sous la houlette de Delphine Cottu et de Georges Bigot. J’ai été totalement bouleversé par leur interprétation. La jeune actrice qui interprète le rôle de Sihanouk est époustouflante. Le texte d’Hélène Cixous est d’une grande puissance. Dans la violence et la tragédie de l’histoire, c’est toute la beauté et les contradictions du Cambodge que j’aime qui se dessinent au fur et à mesure du spectacle. On y retrouve les saveurs, les odeurs et le bruit du Cambodge, le destin terrible d’un peuple sacrifié par l’histoire. Et puis, surtout, la beauté chantante de la langue khmère. Ces huit heures de spectacle nous ont emmenés dans un voyage particulièrement émouvant. Nous étions déjà partis.

Mais il a quand même fallu prendre l’avion, subir la climatisation, manger des choses étranges, avoir les jambes qui gonflent, ne pas arriver à dormir, et supporter les angoisses « à l’approche des zones de turbulences ».

Enfin, nous avons pu nous glisser dans la moiteur de Phnom Penh. Et cela demande du temps. Le temps au corps de s’habituer au climat si différent de celui que nous avons laissé en France. Le temps de se remettre du décalage horaire. Regarder le paysage défiler lors du trajet en tuk-tuk de l’aéroport à la maison de Kok Thlok, la circulation joyeusement bordélique, le vent tiède sur nos peaux, la végétation luxuriante en cette fin de saison des pluies, le mélange des odeurs … Rentrer, timidement, dans la maison où nos amis étaient en plein travail. Retrouver leurs sourires, et sentir leur bonheur de nous revoir. Embrasser (puisque beaucoup se sont mis à la mode française) Malis, Sovan, Ka, Samlot et les autres. Être émus de retrouver notre maître Hoen bien malade et bien triste. Prendre une douche froide et faire une longue sieste. Les écouter parler entre eux sans rien comprendre. Boire la première bière Anchor, se régaler du premier amok de poisson et des premières crevettes au poivre frais. Discuter à bâtons rompus avec Komphéak. Constater avec bonheur que la troupe travaille beaucoup, qu’elle est dans une dynamique positive et que beaucoup des doutes du passé ont disparu. Dormir beaucoup. Passer une journée passionnante au tribunal khmer rouge pour mieux comprendre ce procès, si important pour les Cambodgiens. Aller en centre ville dans la tiédeur du soir, y écouter des reprises des tubes pop-rock khmers du début des années 70. Boire quelques verres avec les Lolos, nos amis réolais encore plus amoureux du Cambodge que nous. Être frustrés, plus encore que les fois précédentes, de notre piètre niveau de khmer, qui nous limite tant dans nos échanges (c’est sûr, l’année prochaine, nous aurons progressé !). Manger pour le petit déjeuner un ananas mûr à point que Fanny est allée chercher au marché. Brancher le ventilateur pour éloigner les moustiques. Retrouver les quelques Français qui font partie de notre paysage ici et en rencontrer quelques nouveaux. Regarder François se faire draguer par une Cambodgienne qui n’a pas froid aux yeux. Choisir le bon stand sur le marché pour manger un riz frit. Discuter à l’ombre des citronniers dans le jardin de Kok Thlok. Être réveillé dans la nuit par le fracas d’une averse torrentielle sur les toits en tôle et apprécier le rafraîchissement qui s’en suit.

Ça y est, après cinq jours passés ici, nous nous sommes ré-installés. Le temps est venu de se mettre au travail. Nous avons déjà beaucoup parlé du nouveau projet, avec Fanny, avec Komphéak, avec Hoen. Nous constatons avec enthousiasme que nous sommes sur la même longueur d’onde, que notre désir est partagé, que, déjà les idées se confrontent. Alors, à partir d’aujourd’hui et tous les matins, nous nous retrouvons avec quelques artistes cambodgiens pour travailler.

C’est au coeur de la maison de Kok Thlok, dans les faubourgs de la si vivante Phnom Penh, dans le beau pays des Khmers, que notre nouveau projet trouvera son chemin.

PS 1 : Les dessins sont tous extrait du carnet de Fanny.

PS 2 : En attendant d’ouvrir un nouveau blog de la Compagnie l’Aurore, nous continuons d’utiliser celui des Histoires spectaculaires du Pêcheur et du Chat. Vous pouvez naturellement vous désinscrire.

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