Mona

Mona

Cette semaine à Aurillac a été très belle. Une excellente ambiance à la Cour de Noailles, beaucoup de solidarité entre les 13 compagnies du Collectif Aquitaine, une météo presque parfaite, le temps de voir quelques spectacles (des merveilles et des moins biens) … Nos 4 représentations de La Fortune de Jeanne se sont très bien passées : beaucoup de public, de beaux chapeaux, pas mal de professionnels et surtout d’excellents retours d’à peu près tous ces gens ! Et puis, surtout, à Aurillac, j’ai rencontré Mona.

Mona, je l’ai rencontrée un soir à la nuit tombée, dans un recoin d’Aurillac. C’est là qu’elle nous avait donné rendez-vous, à moi et à tout ceux qui en avaient l’envie.

Quand tu t’installes, Mona apparaît petit à petit sur le visage de la comédienne qui l’incarne. Elle fait le chemin vers toi, tout en douceur, et se glisse en toi pour s’y faire une place. Alors ça fait drôle : comme tu sais pas trop ce qu’elle va y fabriquer, à l’intérieur de toi, tu te demandes si tu fais bien de rester là.

Mona, elle ne sait rien faire. À part attendre. Alors, elle regarde et elle écoute : les autres, le bruit du monde, les mouvements, les oiseaux, la cloche de l’église …

Et puis, quand son regard se pose sur le tien, tu comprends vite qu’elle s’est installée, bien calée, quelque part au fond, là où ça chatouille, agace, questionne. Et là, ben, tu peux plus partir, parce qu’elle ne bougera pas, et parce que ça rend sacrément curieux.

Mona regarde tout le monde, et tout le monde regarde Mona. Alors, forcément, elle se met à faire des choses, elle se met à en dire.

Pendant une heure, Mona parle de la vie, de la mort, de la solitude, de la perte de l’autre, de la joie, du rire, du jeu. Elle joue, saute, crie, susurre, danse. Pendant une heure, ses mots résonnent en chacun de nous, nous émeuvent, nous amusent, nous mélancolisent, nous mettent en appétit, réveillent notre curiosité et notre envie de vivre.

Comme on sait bien qu’on va tous crever, il faut bien inventer des choses pour tenir le coup. « Comment vous faites, vous ? » nous demande-t-elle.

J’ai pensé à tellement de chose en écoutant Mona … J’ai été touché, de toutes les manières qu’un spectacle peut toucher quelqu’un.

Quand Mona s’est arrêtée de parler, nous avons tous pris une profonde inspiration avant de lui donner nos applaudissements. Si quelques rares spectateurs étaient partis au début, ceux qui étaient restés semblaient aussi transportés que moi.

Je me suis dit que des spectacles comme ça, je n’en avais pas vu beaucoup à Aurillac, ni ailleurs, depuis longtemps. J’ai repensé à toutes ces belles propositions, pleines de savoir faire, amusantes, et divertissantes, que j’avais vues les jours précédents. Et je me suis dit qu’il y en avait beaucoup, que c’était bien qu’il y en ait, mais que, des histoires comme celle de Mona, il n’y en avait pas assez.

Très peu de programmateurs osent inviter Mona à jouer chez eux. Parce que ce qu’elle a à dire n’est pas toujours facile, parce que Mona remue, dérange, bouleverse, questionne. Parce que Mona est très loin du conformisme ambiant, parce qu’elle ose, parce qu’elle n’est pas consensuelle.

Mais écouter Mona m’a rappelé que l’engagement, l’intégrité, la fragilité, l’ambition, doivent être la matière première de ceux qui, comme moi, fabriquent des spectacles. Ce devrait être la mission de tous les programmateurs de donner la parole aux Mona d’ici ou d’ailleurs. Le public, lui, n’attend que ça : j’en suis convaincu ; et les applaudissement de cette soirée aurillacoise ne m’ont pas contredit.

Mona, j’ai envie de te dire de continuer coûte que coûte à raconter ton histoire. Elle fait du bien. Grâce à toi, cette semaine à Aurillac m’aura fait grandir, en tant que personne et en tant qu’artiste. Alors, je voulais te dire merci. Je ne t’oublierai pas. Et, comme tu le dis avec ta petite voix perchée, « c’est ça qu’est bien ! ».

(Vous pouvez rencontrer Mona dans « Tout le monde me regarde », de et par Caroline Lemignard)

1 Comment

  1. C’est sûre le talent existe, mais être sensible est un acte vrai qui touche notre mémoire d’humain et ça, c’est pas tout à fait pareil. Je crois que tu as raison, pour le spectacle « loisir » il y a ce qu’il faut à la télé, dans la rue les gens cherchent autre chose, il cherche la VIE.

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