« FIN »

« FIN »

Vous savez bien … Quand vous avez regardé un film qui vous a chamboulé, un de ceux qui vous a appris des trucs, vous a baladé ailleurs, vous a rendu curieux, vous a fait réfléchir, penser, rêver, imaginer … Bref, un super film, quoi … Vous savez bien … Quand le carton « FIN » apparaît – sur fond noir ou sur le dernier plan qui s’efface … Oui, vous savez … Quand la lumière se rallume dans la salle et qu’une partie de nous voudrait rester invisible dans le noir, tandis que l’autre veut se jeter dans le monde parce qu’elle a faim … Vous voyez ce que je veux dire ? … Quand on ne sait plus trop tracer la frontière entre la fiction et le réel – qu’on se demande à quoi ça sert … Vous me suivez ? … Quand on est rempli de positif et d’appétit, mais que les sanglots sont là, tapis derrière quelque chose, parce que tout a été un petit peu trop fort … Oui, vous savez. Et si vous savez, vous pouvez imaginer ce que je ressens ces jours-ci.

Il faut bien dire que la dernière séquence du film a été particulièrement forte. Ça se passait dans l’endroit où tout avait commencé : à la Grange, dans les herbes folles.

Nous étions au milieu des regards de ceux qui, de près ou de loin, nous avaient accompagnés, encouragés, soutenus, supportés. Des regards beaux et bienveillants, pleins d’ouverture. Comme le regard que vous offre un ami venu vous chercher à la gare après un long voyage. Le regard de Michèle, celui de Franck, de Lou, de Philippe, de Carine, de Maël ou de Florent … Quelques regards aussi, que nous n’identifions pas. Nous les avions déjà croisés, c’est sur, dans la pénombre d’une représentation, au retour du Cambodge ou du Pérou. Et tous ces regards d’enfants.

Fanny, Marie et Guillaume n’avaient pas pu venir. Mais je crois qu’ils nous ont menti : je suis sûr d’avoir aperçu leurs regards, entre les branches des arbres.

Il y a eu la plus belle des Fortune de Jeanne. On aurait presque cru que nous fêtions la VRAIE arrivée de la VRAIE Jeanne, qu’elle était VRAIMENT dans le petit panier de l’Oiseau de la Chance. C’était la joie et le rire, sous le ciel gris et la bruine légère.

Il y a eu ce démontage collectif sous la pluie qui ne voulait pas partir, où le décor a été trimballé n’importe comment, mais où tout le monde a participé. Il y a eu le bissap, le poulet à la sauce d’arachide, et la pana cotta ananas-noix-de-coco. Les verres de vin partagés avec les chargés d’prod (les collègues de l’ombre). Les curieuses questions des enfants curieux. Les tentatives de palmarès pour les 4 spectacles. Avec, dans l’ivresse grandissante, la fierté des amis et parents, des collègues et de nous-même, qui s’exprimait de plus en plus franchement.

Et puis, après le repas, nous nous sommes tous réunis dans la grande salle, au milieu des marionnettes, tissus, objets, instruments et costumes que nous avons ramenés de tous nos voyages. Nous avons regardé ensemble quelques photos, écouté quelques musiques, en forme de flash-back sur ces deux ans.

Puis la lumière s’est éteinte.

Kalima, Benjamin, Simon et Luc se sont installés derrière leurs instruments. Le piano s’est mêlé au charango et au balafon, la banduria à la kora. La voix de Kalima est passé du khmer à l’indonésien. Les gongs se sont accordés au tambour de la diablada. Les mélodies de chacun des spectacles se sont rencontrées, mélangées. Je me suis demandé si ce n’était pas Luc était venu avec nous au Cambodge, et Kali au Togo, ou Simon en Indonésie et Benjy au Pérou …

Merci les gars (si Kali, tu seras un gars, pour cette fois) : j’ai pensé très fort, quand vous avez joué tous ensemble (à voir vos sourires, entendre vos notes, sentir vos émotions, vous regarder vous écouter les uns des autres) que le plus beau des voyages de cette aventure, c’est celui que j’ai fait avec chacun d’entre vous.

Et puis je me suis retourné. Près de moi, il y avait François.

Avec moi, tu manipulais les marionnettes. Tu jouais Croûte-de-Riz et la femme du Pêcheur. Tu changeais de voix pour raconter notre histoire. Avec moi, tu chantais « Ao saat sarika » et « Min dopo ». Avec moi, tu faisais les bonds du Diable. Et là, j’ai compris que c’était avec toi, bien sûr, depuis le début et même encore avant, que j’avais fait le plus beau de tous les voyages.

Nous avons fini à la togolaise. Et nous nous sommes levés. Tous les six. Nous nous sommes pris par les épaules et avons dégusté – pour la première fois tous ensemble – les applaudissements du public.

Il me semble même avoir entendu ceux de Malis à Phnom Penh, d’Amiel à Puno, de Ki Sukarno à Jogja, de Danaye à la Maison des Marionnettes.

Pour moi, c’est sur cette belle image de nous six – cette image qui disparaît doucement – que s’inscrit le mot « FIN » de nos Histoires spectaculaires du Pêcheur et du Chat.


4 Comments

  1. Tu auras bien été spécialiste pour me faire pleurer sur ce blog. C’était une très belle début en effet *_* ! La vie ne fait que commençait et on si disait qu’une vraie Jeanne vous attend quelque part…

  2. C’est une belle page que tu tournes. Que d’émotions tu nous auras fait vivre. Aussi en inscrivant ce mot « fin » tu nous laisses sur la nôtre de « faim » et nous avons hâte de te revoir sur une nouvelle idée. Bonne continuation à toi et encore merci pour cet agréable et enrichissant partage. Edith

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