Le temps de la fête

Le temps de la fête

Nos deux premières semaines de répétitions en France viennent de s’achever.

Nous avons passé la première semaine avec Fanny et Marie : le travail s’est concentré, comme d’habitude à nos retours, sur l’espace, les costumes et les couleurs. Une phase de travail un tantinet laborieuse, parce que très technique. Laborieuse aussi, parce qu’elle correspond à notre atterrissage, et que se rajoutent aux répétitions les réunions, rendez-vous, et tracasseries administratives de tous ordres. Les journées ont donc été bien chargées, assez épuisantes. Malgré tout, nous avons avancé sur le spectacle : une première « écriture » de la troisième histoire et un filage en fin de semaine sous le regard tant attendu d’Aurore. Conclusion de la dame : « ça va être bien ».

Fanny et Marie sont parties, Guillaume est arrivé et nous avons repris le travail le lundi suivant. Guillaume sur le décor et la lumière. Nous trois entre les mains d’Aurore. C’était un immense plaisir et un grand soulagement, encore, de lui céder les rênes. On a traversé et retraversé le spectacle, on a calé le début et la fin, on a trouvé nos personnages, on a rythmé, et « augmenté la puissance ». À toutes les questions encore en suspens, Aurore a à trouvé les bonnes réponses.

Et puis, est venu le moment de confronter notre travail aux exigeants regards de collègues et proches du projet. Mercredi soir, c’est devant une dizaine de personnes que nous avons « filé » le spectacle. C’est toujours un exercice. Cette étape a pu, par le passé, remettre en question fondamentalement certains de nos choix. Mais cette fois-ci, ça n’a pas été le cas ! Malgré un filage un peu tendu et maladroit, les avis ont été particulièrement enthousiastes, et tout le monde avait la pèche quand nous avons partagé un repas improvisé à la fin de l’exercice. Il y a eu, bien sûr et heureusement, de petites critiques sur des détails. Mais tout le monde a semblé convaincu que le spectacle allait marcher du tonnerre. Ils ont parlé de lâcher-prise bienvenu sur ce dernier opus, d’ambiance radicalement différente, d’énergie communicative … Alors forcément, nous, on était ravi !

Et moi, un tantinet surpris … J’avais eu l’impression que ce dernier spectacle s’était jusque-là construit tout seul, devant mes yeux. Je n’étais finalement jamais parvenu à me l’approprier pleinement. Et je n’avais jamais eu aucune conscience de son efficacité ou de sa qualité. Bien sûr, les retours de Marie, Fanny, Guillaume et Aurore m’avaient mis en confiance. Mais là, après cette présentation aux collègues, je me suis senti soulagé et heureux.

Heureux parce que, notamment grâce à Aurore, nous avons trouvé un très bel amusement sur ce spectacle. Heureux, parce que l’énergie festive togolaise y semble bien présente. Heureux parce que, c’est vrai, on se sent plus libre que jamais sur scène.

La Fortune de Jeanne est la dernière de nos Histoires spectaculaires du Pêcheur et du Chat. Malgré la fatigue accumulée durant ces deux années, malgré le rythme qu’elles ont imposées à nos créativités, à nos savoir-faire, à nos imaginaires, ce dernier spectacle sera, semble-t-il, réussi.

Alors, nous le jouerons comme une fête. Une fête pour Jeanne, d’abord. Mais aussi une fête pour célébrer deux ans d’apprentissage, de rencontres aux quatre coins du monde, d’histoires réinventées, de musiques imaginées … Une célébration des pluies de la mousson cambodgienne, des bonds diaboliques à 4000m d’altitude au bord du Lac Titicaca, du piment et de la douceur de vivre à Jogja, de la frénésie togolaise … Une célébration de la magie des ombres khmères, des kitchissimes masques de diables, de la finesse des goleks et des fils indisciplinés des marionnettes de Danaye … Nous allons fêter Benjy, Lulu, Kali et Simon, avec qui nous avons accompli le plus beau des voyages … Nous allons fêter Hoen, Malis, Sovann, Ka et tous les Kok Thlok, José, Amiel et Los Infieles, Ki Sukarno, Dewanto, Pak Ibrahim et tous ceux de Jogja, Danaye, Yoguebé, Essé, Arianne, Mackel et tous les Togobeaux et Togobelles … Nous allons fêter Fanny, Guillaume, Marie, Fabien, Julie, Benjamin, Sandrine, Benoît et ceux de l’ombre … Nous allons fêter Franck, Aurore, Lili, Philippe, Christian, Carine, qui ont tenu la barre de la compagnie en effectif réduit … Nous allons fêter tous les enfants girondins avec qui nous avons eu la chance et le privilège de partager ce grand voyage … Nous allons fêter tous ceux qui nous ont fait confiance dans ce projet fou …

Nous fêterons aussi la fin de ça et le début du reste, l’arrivée d’un repos bien mérité, la place aux doutes sans lesquels nous ne pourrions créer, les retrouvailles et les nouvelles collaborations, et tous les nouveaux possibles …

Bref, le temps de la fête est venu, et vous êtes, tous, les bienvenus.

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